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Ces fois où j’ai voulu mourir

[TRIGGER WARNING ! Cet arti­cle fait men­tion de sui­cide et de désir de mort. Si vous n’êtes pas à l’aise avec ces sujets, nous vous con­seil­lons de ne pas lire la suite. Prenez soin de vous.]

Con­texte : ce texte a été écrit lors d’une crise par­ti­c­ulière­ment vio­lente qui m’a empêchée de fer­mer l’œil de la nuit. Et lorsque l’on ne dort pas, on pense. J’ai finale­ment assez peu retra­vail­lé ce qui suit, parce que je trou­vais que la vio­lence de ce que je peux par­fois ressen­tir ne devait pas être altérée par le moi qui va mieux. Cette vio­lence doit être exprimée, elle existe et je ne suis cer­taine­ment pas la seule à l’avoir vécue et ressen­tie. Cette con­fes­sion est un cri du cœur par rap­port à un sen­ti­ment que l’on a trop pris l’habitude de réduire au silence. 

Les mal­adies ont à divers­es échelles, selon les symp­tômes et l’intensité de ceux-ci, des con­séquences plus ou moins impor­tantes sur le quo­ti­di­en des per­son­nes concernées. 

La mort est sou­vent un sujet dif­fi­cile à abor­der, tant elle ter­ri­fie cha­cun d’entre nous. Mais ce qui choque d’avantage encore la société, et qui pour­tant est impor­tant d’aborder, c’est le désir de mourir.

Je ne suis pas quelqu’un de sui­cidaire, dans la vie de tous les jours je suis plutôt même quelqu’un qui a un désir furieux de vivre et d’expérimenter de nou­velles choses. Cepen­dant, comme beau­coup de malades je le crois, j’ai déjà eu envie de mourir. 

Il y a des jours où les douleurs sont sup­port­a­bles, et d’autres où elles sem­blent être insouten­ables. Ces jours-là, j’ai déjà eu plus d’une fois envie de mourir. Lorsque les douleurs sont si fortes que l’on pense que de toute façon, notre corps ne tien­dra pas le choc. Com­ment un sim­ple corps peut-il endur­er autant et pour­tant con­tin­uer à fonctionner ? 

Ces jours-là, où je me retrou­ve en boule dans mon lit, sur le canapé ou même sur le sol, j’ai sim­ple­ment envie que la douleur s’arrête, peu importe la façon. J’ai sim­ple­ment l’impression que je ne réus­sir­ai pas à endur­er une minute de plus de ce traite­ment. Avec cela vient par­fois le sen­ti­ment d’injustice. Pourquoi moi ? La réponse évi­dente est qu’il n’y en a pas. La mal­adie n’a pas d’intention, elle est, sim­ple­ment. Aus­si cru­el que cela puisse paraître. 

Je ne veux pas intrin­sèque­ment mourir, mais suis-je vrai­ment capa­ble de sup­port­er une vie ponc­tuée de ces douleurs ?

Bien que j’essaie de cacher au mieux mon état quand je le peux, mes (très) proches ne sont pas dupes. Une phrase qui m’a mar­quée et qui résonne en moi est celle que ma femme a pronon­cé un jour en par­lant à ma meilleure amie « j’ai peur de ren­tr­er à la mai­son un jour et de la retrou­ver morte ». Même si je ne l’ai pas ver­bal­isé pen­dant des années, elle a saisie la détresse psy­chologique dans laque­lle pou­vaient me met­tre cer­taines crises. Et j’avoue aus­si que j’ai peur par­fois. Peut-on tenir avec de telles douleurs pen­dant des décen­nies ? Rien que cette idée me fait fris­son­ner. Lorsque les douleurs sont au plus bas, je me dis que j’en ai sûre­ment rajouté et que ça ne devait pas être douloureux à ce point. Puis la crise vio­lente d’après arrive, et je com­prends pourquoi la fois d’avant, j’ai voulu que tout s’arrête. Le cerveau se pro­tège tout sim­ple­ment, en « oubliant » une par­tie de ce que le corps a pu ressen­tir au plus haut des douleurs. 

Ce désir que tout s’arrête est une douleur sup­plé­men­taire, ajoutée à celle physique qui nous empoi­sonne déjà la vie. Et si, ce jour là, lors de cette crise par­ti­c­ulière­ment vio­lente, j’avais vrai­ment fait en sorte que ça s’arrête ? Repenser à ça lorsque les douleurs se sont apaisées me fait tou­jours fris­son­ner. Je ne veux pas intrin­sèque­ment mourir, mais suis-je vrai­ment capa­ble de sup­port­er une vie ponc­tuée de ces douleurs ? Hon­nête­ment, je n’ai pas cette réponse.

L’envie de mourir suite à des douleurs physiques, des mal­adies, est évidem­ment intrin­sèque­ment liée au sujet du sui­cide assisté (AUTRE TERME), bien que sujet éminem­ment impor­tant, il n’en est pas ques­tion dans cet article. 

Par Vinushka_kira

Masterante en chinois, passionnée par la littérature du pays. Je suis énervée par pleins de trucs et j’ai un avis sur tout. Particulièrement sensible au féminisme, aux droits LGBT+, et aux petits chats. Si je devais résumer mon quotidien en deux mots : la lutte.

4 réponses sur « Ces fois où j’ai voulu mourir »

Ce texte est très touchant et juste. 

Je trou­ve très intéres­sante la par­tie sur le fait “d’ou­bli­er” comme c’est dur dans les pires moments (pour moi ce sont surtout les crises migraineuses et les états d’épuise­ment liés à ma mal­adie neu­rologique), et de retrou­ver à quel point c’est dur la fois suiv­ante où on est au plus mal en réal­isant “Ah oui, en fait je con­nais bien, c’est réelle­ment aus­si inviv­able que ça. Com­ment ai-je pu oublier” ?
Et avec le temps, on finit par se deman­der : mais com­ment je ferais pour essay­er de vivre ma vie quand ça va “mieux” si je n’ou­bli­ais pas un peu cet état de détresse intense, en fait ? Comme tu le dis très juste­ment, c’est un mécan­isme de protection.

Mer­ci pour cet arti­cle. Et beau­coup de sou­tien. <3

C’est pour ça que bien que ce soit dif­fi­cile pour moi, j’ai voulu quand même le pub­li­er. Parce que je sais que ça par­lera à plus d’un malade, peu importe sa pathologie.
Mer­ci de par­ler de ton « expéri­ence » aus­si 🎈 ne lais­sons jamais le silence s’installer.

Hel­lo,
Je tombe sur votre site en cher­chant “hys­térec­tomie” sur google pour la pre­mière fois. Je suis un peu redescen­due de mon envie de m’ar­racher tout l’ap­pareil repro­duc­teur pour avoir la paix.
Je me retrou­ve dans ce texte, à chaque crise je suis à bout de nerfs, je me suis déjà dit comme toi, que je pour­rais pas subir ça ma vie entière c’est impos­si­ble, puis ça passe et j’ou­blie, je me dis que j’en rajoute un peu trop sur l’en­dométriose (vous savez, cette mal­adie bénigne?). Là je sors d’une semaine de douleurs inflam­ma­toires reins et vessie, à plus savoir marcher, m’as­soir, me relever.. en gros rester allongée et atten­dre que ça passe, pen­dant que les gen.te.s de mon âge en bonne san­té vont faire la teuf, du sport, des voy­ages… C’est la troisième fois depuis que je suis dépistée, que je subis une impos­si­bil­ité totale de me déplacer.
Je suis passée par tous les traite­ments hor­monaux, lutéran, décapeptyl, pil­lule, le prochain essai c’est le stérilet aux hor­mones mais lol j’en attends absol­u­ment rien si ce n’est de nou­veaux prob­lèmes. J’ai arrêté la pilule en sep­tem­bre parce-que je ne sup­por­t­ais plus et depuis c’est une descente aux enfers, chaque lende­main de péri­ode de règles c’est des nou­velles douleurs. J’avais déjà eu mal aux reins mais tout ce qu’on sait me dire c’est que je n’ai pas d’at­teinte sur les reins selon mes IRM donc voila on s’en fout. Ma chir spé en endométriose refuse de m’opér­er, une 2ème fois, avant que je cite “j’ex­prime un désir de grossesse” car l’opéra­tion endom­mage les ovaires. Bon j’ai des lésions et des kystes ailleurs et les trompes bouchées mais y a que les ovaires qui comptent apparem­ment. Et si je veux jamais d’en­fants je fais quoi ? Mon médecin me dit qu’un.e autre chir pour­rait accepter de m’opér­er mais que ça pour­rait être aus­si que pour se faire de l’ar­gent sans que ça me soit for­cé­ment béné­fique.….….…. le milieu médi­cal je ne le sup­porte plus. Ce qui fait que je traine des pieds pour pren­dre mes rdv. Je dois faire une IRM depuis Juin mais je suis découragée d’a­vance. Bon “l’a­van­tage” c’est que quand je fais une grosse crise comme ça, je me force à pren­dre un rdv, telle­ment je para­noïe (j’avais jamais eu mal à la vessie donc main­tenant j’ai peur d’être atteinte à l’uretère et la vessie)
any­waaay je racon­te ma vie, mais telle­ment cool de tomber sur ce site!! L’en­dométriose nous dit une chose qu’on peut pas oubli­er : l’in­sti­tu­tion médi­cale c’est pas l’amie des femmes, cis comme trans. Des fois je me dis qu’il faut au moins un can­cer mor­tel pour qu’on s’in­téresse à nos douleurs mais je suis même pas sûre en fait ?
Aller courage tout le monde

Je suis con­tente que tu aies pu trou­ver notre blog, même si je préfér­erais que tu n’en ai pas besoin. C’est pour ça que le col­lec­tif a été créé, pour que d’autres per­son­nes se retrou­vent dans nos par­cours, et aus­si, à notre mod­este échelle militer con­tre ce secteur médi­cal qui bien sou­vent est plus une source de vio­lences que d’une réelle aide. J’ai lu ton his­toire, et je pense qu’on peut tou­stes s’y retrou­ver, au moins en par­tie. N’hésite pas à regarder si d’autres arti­cles pour­raient t’intéresser.

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