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Coronavirus et endométriose : y a‑t-il un risque ?

Dans le cadre de l’épidémie de coro­n­avirus, le Min­istère de Sol­i­dar­ité et de la San­té a pub­lié une liste des patholo­gies à risque où ne fig­ure pas l’endométriose.

Toute­fois, dans l’his­toire de cette mal­adie, il a sou­vent fal­lu atten­dre bien trop longtemps avant que la médecine et les pou­voirs publics ne lui accor­dent l’attention et les pré­cau­tions appro­priées. Nous par­tons du principe que, au même titre que toute autre per­son­ne malade, les endométriosiques méri­tent d’avoir accès à un niveau d’information suff­isant pour pou­voir pren­dre des déci­sions con­cer­nant leur san­té de façon éclairée.

Comme nous l’avons déjà évo­qué, il n’existe pas une mais DES endométrios­es, par con­séquent on peut sup­pos­er que les effets de la patholo­gie sur l’organisme – notam­ment le sys­tème immu­ni­taire – ne seront pas les mêmes pour tout le monde.

Nous ne sommes pas médecins. Le but de cet arti­cle est de met­tre à dis­po­si­tion du plus grand nom­bre les dernières con­nais­sances sci­en­tifiques sur le sujet. Pour des infor­ma­tions sur le coro­n­avirus, vous pou­vez con­tac­ter le numéro vert dédié : 0 800 130 000. En cas de symp­tômes graves, et unique­ment dans ce cas, il est recom­mandé d’appeler le 15.

Le cas des endométrioses thoraciques

Il existe des cas d’endométriose de local­i­sa­tion tho­racique. Dans la liste des « per­son­nes frag­iles » face au Covid-19, le Min­istère des Sol­i­dar­ités et de la San­té men­tionne : « les per­son­nes présen­tant une patholo­gie chronique res­pi­ra­toire sus­cep­ti­ble de décom­penser lors d’une infec­tion virale ». Or, cette atteinte implique des man­i­fes­ta­tions clin­iques pul­monaires qui peu­vent être graves, la plus courante étant le pneu­moth­o­rax catamé­nial[1][2]. Ce type d’atteinte frag­ilise de fait le sys­tème res­pi­ra­toire.

Système immunitaire et endométriose

Plusieurs études iden­ti­fient un dys­fonc­tion­nement des cel­lules immu­ni­taires endomé­tri­ales chez les per­son­nes atteintes d’endométriose, qui per­me­t­trait le développe­ment de la mal­adie [3][4][5][6].

Plusieurs études mon­trent une pré­va­lence accrue de plusieurs mal­adies auto-immunes (lupus éry­thé­ma­teux sys­témique, mal­adie cœli­aque, thy­roïdite auto-immune, fibromyal­gie, aller­gies, …) chez les femmes endométriosiques [7][8]. Cette cor­réla­tion pour­rait être expliquée par une sim­i­lar­ité entre les proces­sus respon­s­ables du déclenche­ment de ces mal­adies auto-immunes et de l’endométriose.

Ces élé­ments ne per­me­t­tent pas de faire un lien direct entre l’endométriose et un dys­fonc­tion­nement général­isé du sys­tème immu­ni­taire. Ils per­me­t­tent cepen­dant de met­tre un frein aux per­son­nes qui voudraient écarter un peu trop hâtive­ment cette pos­si­bil­ité.

Fatigue et système immunitaire

La fatigue voire l’épuisement accom­pa­gne bien sou­vent l’endométriose. Or, il a été mon­tré que le manque de som­meil pou­vait affecter l’efficacité du sys­tème immu­ni­taire [9][10].

Tomber malade lorsque l’on vit déjà avec une maladie chronique

Est-il utile de pré­cis­er qu’au vu des symp­tômes par­fois inval­i­dants de l’endométriose, le fait d’attraper ne serait-ce qu’une angine, une grippe, une gas­tro-entérite, peut provo­quer à lui seul une détéri­o­ra­tion impor­tante de la qual­ité de vie des malades chroniques ?

Imag­inez que votre quo­ti­di­en soit ryth­mé par des crises de douleurs, des dys­fonc­tion­nements de la vessie, du sys­tème diges­tif, par la prise de traite­ments par­fois invasifs. Ajouter à cela les symp­tômes d’une autre mal­adie, même bénigne et pas­sagère, con­stitue un poids sup­plé­men­taire pour les malades chroniques.

Prise d’anti-inflammatoires et coronavirus

Beau­coup d’en­tre nous ont pour habi­tude d’avoir recours aux anti-inflam­ma­toires pour apais­er nos douleurs. Or, le Min­istre de la san­té a annon­cé que la prise de ces médica­ments pou­vait con­stituer un fac­teur aggra­vant en cas de con­t­a­m­i­na­tion au Covid-19, et cela est val­able pour toutes les infec­tions. En cas de symp­tômes, de fièvre, il faut préfér­er le paracé­ta­mol à rai­son de 3 grammes par jour max­i­mum. En revanche, si vous avez un traite­ment chronique par anti-inflam­ma­toires il est con­seil­lé de deman­der l’avis d’un médecin et de ne pas l’ar­rêter sans avis médi­cal.

Cette recom­man­da­tion risque de com­pli­quer le quo­ti­di­en de beau­coup d’en­tre nous. L’en­dométriose étant une mal­adie inflam­ma­toire, le paracé­ta­mol n’a générale­ment que peu d’ef­fets sur nos douleurs. En cas de crise et si votre traite­ment habituel com­prend des anti-inflam­ma­toires, nous ne pou­vons donc que vous con­seiller de deman­der l’avis de votre médecin trai­tant, la télé­con­sul­ta­tion étant forte­ment encour­agée.

En conclusion

Il ne s’agit pas ici de délivr­er un mes­sage alarmiste, mais bien de faire recon­naître les spé­ci­ficités de l’endométriose et en con­séquence de faire respecter la san­té des per­son­nes qui en sont atteintes, notam­ment dans le cadre de l’épidémie du coro­n­avirus. Par pré­cau­tion, il sem­blerait appro­prié de ne pas expos­er les per­son­nes atteintes d’endométriose à des risques de con­t­a­m­i­na­tion par le Covid-19.

Par exem­ple, si votre employeur refu­sait de vous accorder le télé­tra­vail, il serait légitime de faire val­oir votre mal­adie et les risques poten­tiels aux­quels elle vous expose dans cette sit­u­a­tion d’épidémie.

Nous avons toute­fois con­science qu’il n’est pas tou­jours pos­si­ble d’évoquer sa mal­adie chronique auprès de son employeur, compte tenu des dis­crim­i­na­tions validistes aux­quelles cer­tains et cer­taines d’entre nous sont con­fron­tées dans le monde du tra­vail.

Sources

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