Catégories
Féminisme et lutte Revue de presse internationale

Endométriose : les femmes abandonnées par un système sexiste.

Tra­duc­tion de l’article de Sheri Bryson pub­lié dans le mag­a­zine aus­tralien The Social­ist : Endometrio­sis : Women failed by a sex­ist sys­tem (Avec l’aimable autori­sa­tion de la rédac­tion de The Social­ist)

Mars est le mois de la sen­si­bil­i­sa­tion à l’en­dométriose. L’en­dométriose est une mal­adie invis­i­ble qui affecte env­i­ron une femme sur dix dans le monde et au moins 700 000 per­son­nes en Aus­tralie. Mais même ces esti­ma­tions sont sus­cep­ti­bles d’être fauss­es en rai­son d’un sous-diag­nos­tic chronique et de mesures de soins de san­té inadéquates dans de nom­breux pays.

L’en­dométriose affecte prin­ci­pale­ment les femmes et les filles. C’est une patholo­gie dans laque­lle un tis­su sim­i­laire à la muqueuse de l’utérus se développe dans ou sur d’autres organes. Elle affecte générale­ment les organes pelviens envi­ron­nants tels que les ovaires et la vessie.

Pen­dant le cycle men­stru­el, ces tis­sus peu­vent se dévelop­per, s’épaissir et se décom­pos­er, mais ne peu­vent pas être expul­sés. Cela con­duit à une irri­ta­tion qui peut provo­quer une douleur intense, des cica­tri­ces ou des adhérences sur les organes, et aus­si de l’in­fer­til­ité.

En 2018, après des années de cam­pagnes de ter­rain menées par des femmes vivant avec l’en­dométriose, le min­istre de la San­té, Greg Hunt, a été con­traint de créer un plan d’ac­tion nation­al pour l’en­dométriose et d’al­louer des fonds à la recherche, à l’é­d­u­ca­tion et à la ges­tion.

Il a égale­ment été con­traint de s’ex­cuser au nom du gou­verne­ment pour le manque de recon­nais­sance de la patholo­gie et de son impact.

Cepen­dant, cela s’est avéré être des excus­es vides de sens, seule­ment 4,7 mil­lions de dol­lars de finance­ment ont été alloués dans le cadre du plan en 2018. Cela équiv­alait à moins de 7 $ par per­son­ne vivant avec de l’en­dométriose !

À la suite de nou­velles pres­sions, l’an dernier, le gou­verne­ment a annon­cé qu’il fourni­rait des fonds sup­plé­men­taires dans le cadre d’un plan d’ac­tion nation­al. Cepen­dant, en 2019, les chercheurs sig­nalaient qu’ils n’avaient pas pu accéder aux 2,5 mil­lions de dol­lars promis presque un an plus tôt !

De nom­breux groupes de défense et d’é­d­u­ca­tion comptent égale­ment sur la col­lecte de fonds et autres finance­ments non gou­verne­men­taux pour pour­suiv­re leur tra­vail.

Le besoin urgent de finance­ment accrus pour la recherche sur l’endométriose ne con­cerne pas unique­ment l’Australie. Bien qu’elle ait été doc­u­men­tée et diag­nos­tiquée pour la pre­mière fois il y a plus de 150 ans, on sait encore très peu de choses sur la mal­adie.

Il n’y a actuelle­ment aucun remède et le diag­nos­tic ne peut être fait que par laparo­scopie — une chirurgie pelvi­enne mineure.

Les atti­tudes sex­istes con­tin­u­ent de cir­culer au sein de l’in­dus­trie de la san­té. Des études ont mon­tré que les pro­fes­sion­nels de san­té ont ten­dance à pren­dre la douleur des femmes moins au sérieux que celle des hommes. Les femmes sont sou­vent perçues comme hys­tériques et en quête d’at­ten­tion lorsqu’elles ten­tent d’obtenir de l’aide.

Ces biais ont de graves con­séquences sur le traite­ment et le bien-être des femmes. On nous refuse plus fréquem­ment des anal­gésiques opi­oïdes et nous con­sta­tons des temps d’at­tente plus longs dans les ser­vices d’ur­gence.

Les diag­nos­tics erronés sont égale­ment plus fréquents chez les femmes et les prob­lèmes de san­té physique sont sou­vent attribués à des prob­lèmes de san­té men­tale tels que l’anx­iété.

Le traite­ment pré­coce de l’en­dométriose est essen­tiel à la ges­tion à long terme des symp­tômes et peut prévenir des com­pli­ca­tions telles que la douleur chronique et l’in­fer­til­ité. Cepen­dant, aujour­d’hui, les femmes con­nais­sent un retard de diag­nos­tic de 7 à 12 ans en moyenne.

Même après le diag­nos­tic, les options de traite­ment sont lim­itées. Cer­taines options sont sou­vent refusées sur l’idée que toutes les femmes veu­lent des enfants, d’autres ont de longues listes d’at­tente ou peu­vent coûter cher, ce qui les met­tent hors de portée des tra­vailleurs.

Les femmes aus­trali­ennes atteintes d’en­dométriose dépensent en moyenne 1 200 $ en frais médi­caux pour traiter ou gér­er leur mal­adie chaque année. L’autonomie cor­porelle et le droit des femmes de choisir si, quand et com­ment elles auront des enfants sont grave­ment com­pro­mis par ces obsta­cles à l’accès aux soins de san­té sex­uelle et génésique de qual­ité.

Alors que le gou­verne­ment a promis une somme min­ime pour la recherche sur l’en­dométriose et la ges­tion clin­ique, il con­tin­ue de faire des coupures mas­sives dans un sys­tème de san­té qui est déjà en crise de finance­ments.

C’est la réal­ité d’un sys­tème qui pri­orise sans ver­gogne le prof­it sur le droit des femmes, et de tous les tra­vailleurs, à men­er une vie saine et épanouis­sante.

Nous avons besoin d’un sys­tème de san­té entière­ment financé et de haute qual­ité, acces­si­ble à tous, mais le cap­i­tal­isme con­tin­uera de repouss­er toute ten­ta­tive visant à amélior­er la qual­ité et l’ac­ces­si­bil­ité aux soins de san­té.

La seule façon d’élim­in­er le sex­isme ancré dans notre sys­tème de san­té est de sup­primer le motif du prof­it. Un nou­veau sys­tème est néces­saire où les gens ordi­naires ont le con­trôle de leurs pro­pres ser­vices de san­té au prof­it de tous, indépen­dam­ment du sexe ou du statut socio-économique.

Par Dr RB et misses Kali

Docteure en socio-anthropologie (Dr RB), je suis atteinte d’une endométriose sévère (Misses kālī), diagnostiquée en 2008. Plutôt cash parfois trash, je suis le lance-flammes du collectif. J’ai une passion pour la littérature, l’écriture, la photo, le rock, le rhum et l’Italie (il mio sangue)

Ma devise : « La più sorprendente scoperta che ho fatto [...] è che non posso più perdere tempo a fare cose che non mi va di fare! » Sorrentino, « La grande bellezza »

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *