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Au quotidien Le coin de...

Journal de bord d’une endométriosique en confinement — Jour 12

J’ai peur.

Je lis des témoignages et j’ai peur.

« ça a com­mencé par une immense fatigue » ; « des cour­ba­tures dans les jambes, des nausées : c’est comme ça que j’ai su qu’il y avait un prob­lème » ; « la fatigue énorme, je suis en cours de guéri­son mais je mets tou­jours 3 heures pour réus­sir à me lever le matin »

Ces témoignages, on dirait des frag­ments de mon quo­ti­di­en. Je trou­ve ça ter­ri­fi­ant.

Si je tombe malade, est-ce que ces symp­tômes vont s’ajouter à ceux que j’ai déjà ? en dou­bler l’intensité, ou encore plus que ça peut-être ? J’ai déjà du mal au quo­ti­di­en, com­ment mon corps pour­ra tenir le coup face à ça ?

Je me sens si frag­ile, et j’ai peur.

Et face à cette peur, il y a mes proches. Ma famille, avec laque­lle je suis con­finée, et mes ami-es avec qui j’en par­le.

« Mais non, n’aie pas peur. De toute façon, on est solides nous, on ne l’attrapera pas ce virus ! » dix­it ma famille quand je leur rap­pelle de respecter les gestes bar­rières. C’est bien le moment de se sen­tir invin­ci­ble…. « C’est bon, on est jeunes ! Au pire tu te sen­ti­ras un peu mal quelques jours ! »

J’ai peur.

J’écoute leurs réac­tions, et j’ai peur.

Et ma colère grandit, aus­si.

Ils ne com­pren­nent donc vrai­ment pas mon quo­ti­di­en et ma mal­adie, pour me dire ça. Je suis jeune, oui. Mais me dire ça pour me ras­sur­er, comme si ça prou­vait ma solid­ité et ma bonne san­té…. Ils ont raté un épisode ou quoi ?

Je suis en colère.

Parce qu’une fois de plus ma mal­adie est invis­i­ble, et mes peurs dis­créditées. Encore une preuve de l’ignorance, et du manque de con­sid­éra­tion accordée à la san­té des autres. De l’égoïsme, de l’absence de toute con­sid­éra­tion glob­ale, de toute vision poli­tique de cette crise san­i­taire.

En colère parce qu’une fois de plus je vois à quel point le monde des valides est éloigné du mien, et que je veux leur crier d’écouter.

Ecoutez les voix qui vous dis­ent la mal­adie, la faib­lesse, la peur. Ecoutez-les et prenez les en compte.

Par Cristy

Diagnostiquéee il y a un an, je découvre chaque jour un peu plus de difficultés liées à l'endo. Je voudrais crier pour que la maladie soit reconnue et non plus niée, que les malades soient considéré.es et soutenu.es.
J'écris et partage mon expérience pour y parvenir.
J'ai 20 ans et je suis en L3 de sciences politiques.

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