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Journal de bord d’une endométriosique en confinement – Jour 9

Cela fait neuf jours que je vis cloîtrée chez moi. Je ne suis sor­tie qu’une heure ven­dre­di dernier, Jour 4, pour des cours­es ali­men­taires. C’est étrange à dire mais… je me sens bien. Casanière de nature, je me suis par­ti­c­ulière­ment bien adap­tée à la sit­u­a­tion. Je suis d’abord passée par l’an­goisse, le stress, puis la colère. Main­tenant, je suis sere­ine.

Cela ne fait qu’un peu plus d’une semaine, et pour­tant, de nou­velles habi­tudes ryth­ment mon quo­ti­di­en. Je télé­tra­vaille assidû­ment chaque jour, en m’oc­troy­ant une bonne pause déje­uner et en ter­mi­nant en fin d’après-midi. La table à manger est dev­enue mon bureau et celui de mon con­joint. C’est l’oc­ca­sion de décou­vrir de nou­velles facettes de la per­son­nal­ité de l’autre : lui a pour habi­tude de boire son thé juste après le déje­uner ; moi c’est plus tard dans l’après-midi, tou­jours avec un peu de choco­lat noir. Lui se lève et marche con­tin­uelle­ment tel un lion en cage, dès qu’il est au télé­phone ; moi, je reste très sérieuse­ment assise à mon poste, dis­ci­plinée.

Je redé­cou­vre aus­si mon côté créatif, qui s’é­tait éti­olé depuis des années : je tiens mon jour­nal de bord de con­fine­ment dans un car­net, où j’écris à la main con­scien­cieuse­ment, dès que j’en ressens le besoin. Je con­sacre du temps à l’origa­mi. Je me suis remise à la gui­tare, chère amie que j’ai bien longtemps délais­sée. Les ampoules rouges et douloureuses ont fait leur retour au bout de mes doigts, mais je me sens joyeuse et légère.

L’ag­i­ta­tion de la ville et le tour­bil­lon du quo­ti­di­en auraient-ils enfoui en moi ce qui me tient éveil­lée ? Con­finée, j’ai le sen­ti­ment de pren­dre le temps d’ex­is­ter à nou­veau. Il n’y a plus besoin de faire les choses vite, de penser vite, de courir vite, d’a­cheter vite, de tra­vers­er la ville le plus vite pos­si­ble… et demain, ce sera pareil. Et après-demain. Et après-après-demain. La pres­sion s’est envolée. Mon corps est comme pris­on­nier, mais mon esprit bouil­lonne ! Prof­i­tons-en !

Par Criteine

A 30 ans, j’apprends que je suis atteinte d’endométriose. Je me bats désormais chaque jour pour vivre avec, tout en continuant de chanter, rire et faire rire. Sinon, j’aime les girafes, manger des tomates et du fromage.

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