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Témoignages hors collectif

Témoignage hors collectif – Des mots sur des maux

Vous allez lire le témoignage d’une personne extérieure au collectif Nos Corps Résistants. Ceci est un texte personnel que nous n’avons pas modifié afin de ne pas altérer sa parole et son ressenti. Les propos tenus ici n’engagent qu’elle.


Aujourd’hui, nous publions le texte que nous a envoyé Elsa. Si vous souhaitez vous aussi nous envoyer vos témoignages, rdv à la fin de l’article pour savoir comment nous contacter.

TW : Le texte fait mention d’une pratique de torture.


Je ne montre pas mon ventre.
C’est inscrit dans ma chair, j’ai un ventre marbré.

Un ventre rond comme si je portais la vie, alors que seule l’inflammation n’engrosse ces intestins.
Un ventre marbré, quelque peu apaisé, mais brûlé par la chaleur réconfortante d’une bouillotte. Mon doudou.

Un nuage sourd se répand dans mon bas ventre et dans mon dos.
Une boule de pétanque qui m’oblige à m’asseoir.

«Ah tiens. Oui, ça y est, on dirait que mes règles arrivent, le début de la descente aux enfers.
L’angoisse.
Je dois rentrer chez moi. Est ce que j’arriverai à temps ? Est ce que j’ai assez de médicaments sur moi? La crise commence et je sais que rien ne peut l’arrêter.»

Ne plus réussir à tenir debout. Aspiré par la terre, mon corps défaille.
Ne plus avoir la force de parler.
Tomber dans les pommes et se relever.

Gémir.
Pleurer.
De douleur mais aussi de fatigue et de colère.
Penser être au sommet du pic de la douleur. Ne pas pouvoir imaginer que pire soit possible.
Attendre encore. Espérer l’apogée pour savoir que ça redescendra après.

Visage blafard aux cercles noirs ornant mes yeux.
Déchirement de mes entrailles.

«Le supplice du rat:
technique de torture existant depuis les dynasties chinoises et consistant à poser un pot ou un
seau en position retourné contenant un rat sur le ventre du condamné,
puis de chauffer ce seau à l’aide d’un fer rougi au feu.
Par instinct de survie,
le rat tente de s’échapper par tous les moyens pour s’éloigner de la chaleur intense ;
et creuse un passage dans le corps de la victime avec ses crocs et ses griffes.»

Faire sortir ce rat, à tout prix.

Mon ventre me rejette et essaye de s’expulser en accouchant de rien d’autre que de soi même.

«Poussez madame, poussez»

Caillots de sang, diarrhées, vomissements.

La douleur est tellement forte que je suis sortie de mon corps. Je ne ressens plus, ça a dépassé l’entendement, je survis. Recroquevillée, je ne suis plus qu’une petite boule qui respire. Je n’ai plus la force que de respirer.
Jusqu’à ce que, vidé, mon corps décide enfin de libérer un flot d’endorphine pour me soulager. Les couleurs sont saturées, les lignes des murs ne sont plus très droites et les
toilettes dansent la valse.
Épuisée, lessivée, le pire est passé, j’ai survécu, encore une fois.

«Je n’ai jamais compris comment un corps pouvait autoproduire autant de douleurs et en même temps libérer des endorphines pour ne pas souffrir.»

Un ventre marbré,
comme une statue,
immobilisée par la douleur.

La crise passée.
les jours qui suivent, mon ventre comme un champ de bataille après l’assaut final.
Dévasté, sillonné par les tranchés et les éclats d’obus. Une terre que les agonisants abreuvent
de leur sang.
Le pire est passé, reste la plaie béante qui va cicatriser après les derniers cris des mourants.

Les médicaments, cette brume venant recouvrir l’atrocité.


Si vous aussi vous voulez témoigner, que ce soit sur votre parcours ou sur un aspect de votre vie avec l’endométriose, vous pouvez me contacter via l’adresse temoignages@noscorpsresistants.fr après avoir lu notre charte des témoignages.

Par Little Sica

Lady Endo Bulot of Glencoe, TramaDoll rêveuse fantastique

Historienne de l'art reconvertie, grande amatrice de thé et de dinosaures, je m'occupe de publier vos témoignages et des réseaux sociaux. N'hésitez pas à me contacter à l'adresse : temoignages@noscorpsresistants.fr !

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